Eolien terrestre, Toutes les actualités / 28 janvier 2015

Le bruit des éoliennes est-il nocif ?

AVIS D’EXPERT – la réponse du Pr Patrice Tran Ba Huy, oto-rhino-laryngologiste et membre de l’Académie de médecine.

Parmi les nombreux arguments avancés par les opposants à l’extension des fermes éoliennes en France, la nuisance sonore est fréquemment incriminée dans la survenue chez les riverains de symptômes riches et variés, réalisant ce qu’il est convenu d’appeler le «syndrome de l’éolienne».

Le bruit généré par la rotation des engrenages de la machinerie et le frottement du vent sur les pales se situe dans le domaine des basses fréquences et principalement dans celui des infrasons. À forte intensité, les basses fréquences peuvent certes être nuisibles. Mais les diverses recommandations et réglementations européennes ou nord-américaines exigent une distance d’éloignement de plusieurs centaines de mètres (jusqu’à 2 km pour le ministère de la Santé finlandais), ce qui limite l’exposition des riverains à un bruit maximum de 35-40 dBA, soit un niveau sonore similaire, voire inférieur à celui des turbulences aériennes ou du trafic routier. Rappelons qu’en France l’autorisation préfectorale d’exploitation des parcs éoliens est soumise depuis 2010 à la législation des installations classées pour la protection de l’environnement, aux exigences très strictes en termes d’émissions sonores.

Quant aux infrasons, même si, en expérimentation animale, ils semblent stimuler certaines cellules sensorielles ou influencer le flux des liquides de l’oreille interne, leurs fréquences sont inaudibles par l’oreille humaine et tellement au-dessous des seuils pathogènes qu’ils ne sauraient être responsables de troubles fonctionnels aussi divers qu’insomnie, altération de l’humeur, céphalées, fatigue, palpitations cardiaques, dépression ou encore vertiges ou acouphènes. Enfin, aucune étude sérieuse ne confirme un quelconque risque d’épilepsie lié à l’effet visuel, appelé stroboscopique, induit par les pales en rotation qui, lorsqu’elles traversent la lumière du soleil, donnent l’illusion de la couper en morceaux.

En réalité, les enquêtes et études épidémiologiques conduites dans de nombreux pays suggèrent que dans la genèse des manifestations cliniques signalées plus haut interviennent des facteurs tels que l’inquiétude d’une population vis-à-vis d’une technologie nouvelle charriant son lot de peurs et de fantasmes ou le mécontentement des habitants de voisinage qui voient leur bien immobilier dévalué par la présence d’engins inesthétiques polluant leur panorama quotidien. En bref, qu’il n’y a pas de lien direct entre la présence des éoliennes et les troubles fonctionnels allégués…

En d’autres termes, si, comme le souligne le Pr André Chays, l’oreille entend, l’individu écoute… Notamment les informations, discussions et forums diffusés par les réseaux sociaux accréditant des rumeurs pathogéniques pour le moins discutables dont certaines associations font minutieusement l’inventaire et se font l’écho. Une récente étude néozélandaise conduite en double aveugle a comparé les effets d’une exposition de 10 minutes soit à une stimulation placebo, c’est-à-dire au silence, soit à des infrasons sur des sujets recevant préalablement une information soulignant soit les méfaits, soit l’innocuité de ces derniers. Seuls les sujets ayant reçu les informations négatives rapportèrent des symptômes, qu’ils aient été ou non soumis à l’exposition aux ultrasons! Cette expérience n’est pas sans rappeler le phénomène bien démontré de l’induction psychologique d’une douleur – l’effet nocebo – ou les plaintes déposées par les riverains d’une antenne de téléphonie mobile récemment installée mais… non activée!

Il n’est bien sûr pas question de nier ou de sous-estimer le questionnement ô combien pertinent sur l’investissement financier, le rendement énergétique ou l’impact écologique soulevé par cette source d’énergie renouvelable. Mais, comme l’a rappelé l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans un avis de 2013, «les émissions sonores des éoliennes ne génèrent pas de conséquences sanitaires directes, tant au niveau de l’appareil auditif que des effets liés à l’exposition aux basses fréquences et aux infrasons. À l’intérieur des logements, fenêtres fermées, on ne recense pas de nuisances ou leurs conséquences sont peu probables au “vu” des bruits perçus. En ce qui concerne l’exposition extérieure, les émissions sonores des éoliennes peuvent être à l’origine d’une gêne, souvent liée à une perception négative des éoliennes».

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Sources : lefigaro.fr